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Femmes en entreprise: Expériences réussies d’inclusion managériale

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Trois dirigeants du monde des affaires sont venus exposer, sur invitation de l’Ambassade de France, leur expérience personnelle d’innovation managériale pour davantage d’inclusion féminine dans un univers majoritairement masculin. Témoignages et pistes.

Femmes en entreprise: Expériences réussies d’inclusion managériale

Que l’on soit pour ou contre, la célébration de la journée du 8 mars rappelle la place peu enviable des femmes dans la société marocaine et surtout le long chemin qui leur reste à parcourir pour obtenir les mêmes droits que les hommes, notamment dans le monde de l’entreprise.

Dans un environnement, toujours, aussi patriarcal que le Maroc, le combat est d’autant plus compliqué que certaines lois iniques, comme celle sur l’héritage, tendent à perpétuer les inégalités de genre.

C’est pourquoi, lors de la 9ème rencontre organisée par le service économique et les conseillères du commerce extérieur de l’Ambassade de France (CCEF), la thématique discutée jeudi 7 mars a naturellement porté sur la question de « l’Innovation managériale: vers plus d’inclusion ».

Le choix de ce sujet s’imposait d’autant plus sachant que la place des femmes dans les entreprises marocaines n’est pas vraiment acquise, en particulier dans les hautes sphères managériales où elles se font rares.

Dans un désir de faire disparaître les disparités (ou du moins contribuer à les atténuer), Myriam Lahlou Filali, directrice générale du laboratoire Pharma 5, Aalya Ghouli, directrice marketing à la BMCI, et Moncef Benabdeslam, directeur général de Capgemini Maroc, ont donc exposé leur politique d’innovation en la matière.

Si l’innovation est le plus souvent synonyme de technologie, ce terme prend également tout son sens dans le domaine du genre, sachant que dans la société marocaine, la norme est encore trop souvent l’inégalité de traitement femme-homme et plus particulièrement en termes salariaux. .

« Le chiffre d’affaires de Pharma 5 a doublé grâce aux femmes »

Se basant sur leur expérience, les trois dirigeants ont soutenu que l’innovation via l’inclusion  de davantage de femmes dans les entreprises ne procédait pas d’une volonté de discrimination positive (parfois contre-productive) mais simplement de bon sens pour développer les résultats financiers.

Selon eux, les entreprises les plus rentables seraient celles qui comptent un nombre élevé de femmes dans leurs rangs et plus particulièrement dans leurs comités de direction.

« Au Maroc, le défi à relever est énorme car les femmes qui représentent la moitié de la population sont encore trop rares dans les cercles du pouvoir du monde des affaires.

« Depuis quelques années, Pharma5 qui est dirigé par deux femmes et qui compte un effectif à 55% féminin a décidé de jouer la carte de l’innovation managériale.

« Nous avons donc nommé 8 femmes dans notre board de direction de 12 personnes qui était majoritairement masculin.

“Cette mixité qui a bousculé les codes et certains dinosaures masculins a permis, en seulement cinq années, de doubler le chiffre d’affaires », se félicite la dirigeante qui pense qu’un changement de paradigme en termes de recrutement et d’égalité salariale est plus que nécessaire car profitable.

« L’inclusion féminine n’est pas de la philanthropie »

Une idée partagée par Aalya Ghouli qui, dans le cadre de son poste de directrice marketing, s’occupe justement d’innovation au sein de la BMCI appartenant au groupe BNP Paribas.

« Même si on part du postulat qu’une banque n’est pas philanthrope, l’inclusion féminine a indéniablement permis de développer nos résultats.

“Cela s’explique par le fait que les femmes sont plus performantes et plus impliquées que leurs collègues masculins.

« C’est pourquoi notre groupe s’active à développer la mixité avec notamment la remise annuelle d’un trophée de la diversité par le Chef du gouvernement », annonce Ghouli qui reconnaît cependant qu’un long chemin reste à parcourir pour aboutir à une vraie égalité car les femmes sont toujours confrontées à des problèmes de reconnaissance mais aussi de posture qui les pousse à se mettre en retrait par rapport à leurs collègues masculins.

Pour le seul dirigeant masculin présent à l’exposé, l’innovation managériale a permis à Capgemini Maroc d’engranger des résultats certains alors que l’entreprise a toujours été historiquement masculine.

« La mixité a fait baisser le turn-over de Capgemini »

« En 2013, nous avions à peine 1% de femmes sur 500 collaborateurs, et une seule femme parmi les 10 salaires les plus importants de Capgemini Maroc, soit une proportion quasi-insignifiante.

« Après la nomination d’une directrice aux ressources humaines, nous sommes passés à 21% puis à 44% d’effectifs féminins. Sachant que notre personnel a une moyenne d’âge de 28 ans, nous nous sommes rendus compte que le turnover était beaucoup moins important chez nos collaboratrices.

« L’introduction de la diversité et du leadership féminin n’est donc pas une posture pour plaire mais une vraie chance pour développer le business d’une entreprise.

“Au final, se priver de 50% de talents est donc vraiment dommage et surtout contre-productif », a conclu Benabdeslam pour qui l’inclusion féminine en entreprise est un facteur de performance économique.

Si ces expériences donnent foi en l’avenir, il n’en demeure pas moins que de nombreux plafonds de verre restent à briser (surtout dans le secteur public) car tant que des mères continueront à faire la différence entre leur garçon et leur fille, la problématique de l’inégalité de genre perdura longtemps.

Pour être plus juste, cette célébration internationale, qui a certainement contribué à obliger les conservateurs à ne plus occulter comme dans un passé récent la contribution fondamentale des femmes à la société marocaine, devrait en réalité s’intituler la journée de lutte pour les droits des femmes…